Dysmopolis, objet textuel
Construction encore fragile jusqu’alors, la trame narrative de Dysmopolis se précise et s’écrit.
Ava, Audrey, Céline, et Célia ont foulé des possibles, pesé des mots, tenté des rythmes. Laurent fixe désormais les plus justes dans une syntaxe définitive.
Le temps vient donc enfin d’une petite incursion dans ce texte tant attendu, par la voix de celui qui se fait appeler l’homme aux gants.
Chirurgien plastique à l’hôpital où vont converger tous les personnages, l’homme aux gants est la figure semi-divine, insaisissable, de ce monde d’écorchés. Confrontation avec une patiente à l’aube de sa délivrance – croit-elle…
© Svend Andersen avec Laurent Bazin
“L’Homme aux gants
Vous venez pour votre visage. Ce visage vous gêne.
La presque humaine souffle.
Ça vous gêne parce que ça vous gêne ou parce que ça gêne les autres?
Silence.
D’accord.
Si nous le cachons comme ça. Il jette un drap sur le visage de la créature. Ça ne gêne plus les autres, mais ça vous gêne plus.
Et si nous le découvrons. Il ôte le drap de son visage. Il y a toujours les autres.
Et si nous cachons les autres. Il interpose un drap entre le public et la presque humaine. Ça ne vous gêne plus mais ça gêne encore les autres.
Silence.
Et si nous vous cachons tous.
Il éteint la lumière de la salle.
Voilà, personne ne voit personne. Ça gêne tout le monde, mais au moins tout le monde est pareil.”
Extrait de Dysmopolis, Laurent Bazin.
