J-11, vers la sagesse
Retour sur les planches de La Loge, qui chaque jour abrite les saillies de la compagnie Mesden.
La première approche! Et ce pour ton plus grand plaisir.
La Vierge du Botox laisse fleurir ses fantasmes, l’Homme aux gants règne plus que jamais sur son empire, leurs acolytes poursuivent le corps à corps avec un cœur blessé ou un visage meurtri.
Pour apaiser les consciences tristes, un homme, un personnage cherche à se faire entendre. Il est Pasteur et anime un groupe de soutiens aux vies cabossées.
Extrait.
Le Pasteur:
Vous êtes beaux. Vous êtes très beaux. Vous êtes tous beaux. Regardez-moi. Tu ne veux pas me regarder? Comme tu l’entends. Mais moi, je te regarde et ça ne me gêne pas. Je te regarde, parce que si je ne te regarde pas, ça veut dire qu’il y a un trou entre nous qui nous sépare, une crevasse qui nous fait baisser les yeux.
J’en entends qui pensent que la médecine des apparences va changer leur vie. Le nez rivé sur Dysmopolis Channel, ils pensent qu’au prix de quelques billets verts ils pourront « redevenir » des êtres humains.
J’ai même entendu Jérôme l’autre jour me dire en face -et je te remercie de ta franchise- que ce que nous faisons ne sert à rien, que le problème n’est pas là (il désigne son crâne à l’endroit du cerveau), mais là (il désigne son visage). Que je vous mens.
Je vais encore vous raconter une petite histoire.
C’est l’histoire d’un corps que nous appellerons le corps souche. Ce corps souche désire ardemment un autre corps, le corps cible. Le corps cible est un très beau corps, sans retouches. Et le corps souche le poursuit assidument. Tous les jours, le corps souche louche sur le corps cible. Mais dès que le corps cible et le corps souche se rapprochent et se touchent, le beau rêve s’esquive, et le corps cible demeure inaccessible.
A force de retouches, le corps souche croit qu’il atteindra la cible. Mais il est plus sûr de poursuivre son ombre que de poursuivre une telle chimère. Car une cible qu’on touche redevient une souche qui désire une cible toujours inaccessible. Voilà pourquoi je vous demande de ne pas attendre votre salut de la médecine des apparences. Ne vous trompez pas de cible.
Laurent Bazin, Dysmopolis.
